. Home, where I wanted to go . / Don't stand to close.

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Je n'aurais jamais pensé que je pouvais me retrouver aussi désespérée devant une feuille blanche. Vous pouvez me demander de dessiner n'importe quoi, au fond de moi, je sais que même si ça prend du temps, j'y arriverai plus ou moins. Je m'en sortirai, en trichant, avec un effet de style, pour cacher mes erreurs, ou j'en esquisserai l'idée et vous laisserai imaginer le reste. Mais alors là, j'ai senti une vague de désespoir déferler en moi. Je peux pas. J'étais coincée, je ne savais même pas pourquoi. C'était ça le problème. Ca m'a fait remarquer à quel point j'avais le goût du "beau" en moi, et qu'il y était profondément ancré, si bien que je ne pouvais plus m'en sortir sans.

On me demande de dessiner quelque chose de tellement moche que ça en devienne fantastique. De défigurer les visages à l'insoutenable. De créer des monstres. Évidemment, je sais le faire, pour rire, sans le prendre au sérieux, et encore, je me précipite pour les déchirer. Mais là, il faut que ce soit sérieux, que ça vienne du c½ur, qu'on se lâche et qu'on se libère. Qu'on "se fasse plaisir" comme elle dit, la prof. Et je n'ai honnêtement jamais eu aussi peur devant un foutu crayon.
Alors les autres autour de moi se lâchent, et dès les premiers coups de pinceaux, j'envie déjà ce qu'ils font. Moi je reste plantée, j'ai la désagréable impression de caler. Comme si j'avais besoin de quelqu'un, de quelque chose pour me pousser dans le dos. J'ai pensé à l'alcool, après tout, seule l'ivresse pouvait me sortir de mon état de timidité qui refusait net de balafrer tout ce que j'avais durement acquis pendant des années, toutes ces connaissances sur les visages que je refusais de bafouer.

C'était l'impasse. C'est comme tous les murs lisses auxquels on s'accule sans le vouloir et qu'on ne peut pas escalader. Je soupire. J'en pleurerais presque, tellement tout ça est ridicule. Pourquoi je n'y arrive pas? Pourquoi je ne sais pas imaginer, pourquoi je n'ai pas d'idée, pourquoi je refuse de faire quelque chose d'ignoble? Pourquoi je n'ose pas? J'ai tellement peur du regard des autres que je suis terrorisée par celui qu'ils portent sur mes dessins. Ils sont, je crois, ce que j'ai de plus intimes, c'en est effrayant. Surtout quand il s'agit d'inventer. D'imaginer. Une seule critique sur mon doux monde secret, et tout s'écroule. Tant qu'il s'agit de la technique, je les accepte avec plaisir, pour m'améliorer, mais les idées qu'ils portent; n'y touchez pas.

J'étais donc en train de ruminer méthodiquement à la façon dont je pouvais contourner la chose, et ne pas recevoir de mauvaises critiques. C'est d'ailleurs comme ça que je sais que je n'ai aucun talent, ni aucun génie; les génies et les gens talentueux, s'il y a une différence entre les deux, s'en contrefoutent et s'assument, font des scandales. Ils sont critiqués, toujours, détestés, souvent, par un grand nombre de personnes. Pas moi. Moi je veux que tout le monde aime. Que tout le monde m'aime. Et surtout qu'ils aiment mes dessins; s'ils ne m'aiment pas, tant pis, pourvu qu'ils reconnaissent mes ½uvres. C'est pour ça que je ne pouvais pas faire quelque chose d'immonde. La prof le voyait bien. "Cet exercice peut vraiment poser problème, je sais." A force de me voir en train de couler, elle est finalement venue à ma rescousse. "Mais c'est très intéressant ce que tu fais. Moi je trouve qu'il est déjà bien comme ça."

Et voilà. Plus efficace et moins dangereux que les alcools; mon ivresse, un compliment. Je me demande si elle est consciente que je me dope à ce genre de détails, lancés comme ça, par dessus mon épaule. Sans doute. En tout cas ça a l'effet d'une décharge électrique, et me voilà lancée. J'écoute ses conseils, les applique. Le doute s'apaise. Au moins je suis calmée. Au bout d'une heure ou plus, elle revient, me sourit et essaye de scruter mon expression profondément contemplative sur l'espèce d'horreur que mes doigts ont créée. "Tu l'aimes bien?"
Je l'ai regardée, ahurie. Je me suis demandée si elle se moquait de moi, comment elle pouvait ne serait-ce que penser que je puisse aimer une telle ignominie et pourquoi elle me posait cette question. C'est la chose la plus horrible qu'il m'ait été donnée de faire, tellement qu'il faut que je détourne les yeux au bout d'un moment. Je n'arrive pas à le regarder en face tellement ce visage est difforme, immonde, effrayant. On dirait un cadavre dans une agonie joyeuse, ses yeux globuleux jaune vifs sortent des ses orbites décalées. Asymétrique, défoncé, avec une bouche pulpeuse et seulement deux grandes dents plantées de biais, sans crâne, cet homme était tout droit sorti d'un film d'horreur déjanté. Grosso modo, c'était un horrible zombie rugbyman travesti aux yeux jaunes qui portait un boa de plumes orangées. Donc je m'apprêtais à répondre que non, c'était impossible que j'aime un truc pareil. Et puis en même temps, j'ai eu cet idiot sentiment maternel. C'était une horreur, mais c'était la mienne. C'était une atrocité, mais c'était mon bébé, il venait de mes doigts. Et tous les bébés ont le droit à de l'amour. Je l'avais pondu toute seule. Donc je l'aimais forcément un peu."Bha en fait... J'ai pas l'habitude de ce genre de trucs..." C'est tout ce qui est sorti de ma bouche. "Bha c'est très bien!" Elle sourit toujours, elle elle l'aime bien, je ne sais pas pourquoi, mais il a de la valeur à ses yeux. "C'est le but de l'exercice, apprendre à faire des choses que vous n'avez jamais faites!"

C'est sans doute pour ça que j'aime à ce point ce cours de dessin là. Jamais encore je n'avais remarqué que j'étais aussi coincée dans les domaines de l'imagination, de l'abstrait, du laid, du mien. Tout ce que je sais faire, c'est copier ce qui plait. Elle m'a appris que ça ne suffisait pas. Avec un peu de chance et un peu de temps, je deviendrai peut-être une vraie artiste.





# Posté le jeudi 12 novembre 2009 12:28

. "C'est un message à tous les Etats, une nation a érigé un mur PARFAIT: CA NE MARCHE PAS!" .

( Parce que Conrad Schumann, c'est le plus fort. <3 )


J'ai toujours adoré la photo où on le voit sauter par dessus les barbelés, oui elle est symbolique, c'est pas nouveau. Je l'ai même dessinée, tellement je l'adore. Mais ce que je ne savais pas, c'est qu'il était en train de balancer son arme. Qu'il ne voulait qu'une seule chose, désespérément, sauter la tête la première dans ce foutu camion de l'ouest. Je ne savais pas que c'était aussi dur. Pauvre Peter Fetcher.


Pourtant je le sens venir, je sens qu'on va refaire la même...
Ou pire.
Oui je crois que c'est déjà pire.
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# Posté le jeudi 12 novembre 2009 03:47

. Oh I beg, I'm begging pleaaaase . / ODE A L'AMOUR, MES GENS. (Je deviens folle et je croule sous les devoirs)

. Oh I beg, I'm begging pleaaaase . / ODE A L'AMOUR, MES GENS. (Je deviens folle et je croule sous les devoirs)


-Voilà l'histoire du coeur volant avec des ailes parce que tout le monde me demande si c'est une peluche que je trimballe partout...-

Il était une fois une jeune fille, une adolescente à qui la nature et les parents avaient tout donné, un toit, de l'amour, des rires, des jeux. Alors évidemment, elle s'y était habituée, elle était toute gâtée. Un jour elle a eu mal au coeur, pour un garçon, sans doute, pour une dispute avec ses amis, peut-être, peu importe, alors elle a voulu de toute ses forces ne plus rien ressentir, parce qu'elle ne supportait pas avoir mal. Elle n'avait pas l'habitude de souffrir est ne supportait pas cette moindre écorchure. Alors elle gémissait pour ne plus rien ressentir. Pour que quelqu'un l'aide.

Ca a fortement énervé un pigeon qui passait pas là tous les ans, qui cette fois avait failli se prendre un camion dans le bec, était donc de mauvaise plume, et qui l'avait vu gâtée comme tous les enfants du monde réunis. Alors il est allé la voir, pour lui donner une leçon, lui demanda pourquoi elle pleurait comme ça. D'un coup il s'énerva de plus belle. "Ne plus rien ressentir, c'est vraiment ça que tu veux? Eh bien, je vais t'arranger ça!" Mais la jeune fille, elle, elle avait trop lu de contes de fées où les voeux les plus chers à un moment peuvent, réalisés, devenir un cauchemar, alors elle lui dit qu'elle n'en était pas sure.

Le pigeon n'était pas con. Alors il soupira, un peu frustré, mais arracha quand même le coeur de la fille, lui donna ses ailes, et lui dit qu'elle devait faire attention à ce qu'elle voulait, mais que, merde à la fin, elle était peut-être pas si débile que ça, alors il lui laissait une deuxième chance. Quand il partit, le chat de la fille l'attrapa (bha oui, il ne pouvait plus voler, ce con) et le mangea. Il laissa les boyaux à sa maîtresse en trophée dans son lit, mais ça, elle ne le verrait que le soir en mettant ses petits petons nus en plein dedans.

Alors la fille se retrouva avec son coeur ailé, un peu débile. Le coeur apprit à voler tout seul. Au bout d'un moment, il faillit filer des doigts de sa propriétaire. Elle le rattrappa de justesse, et se rendit compte que dès qu'elle le laissait s'éloigner, elle ne sentait plus rien. Mais ce sentiment de vide n'avait rien d'agréable, au contraire, c'était pire que la douleur qu'elle avait pu ressentir.

Depuis, c'est comme une épée de Damoclès, pour elle. Si elle ne fait pas attention, qu'elle ne fait pas d'efforts pour s'occuper de son coeur, il s'éloigne, et l'ennui l'accable. Elle s'est rendue compte, que tout ce qu'elle pouvait faire, c'était le garder près d'elle, en prendre soin, c'était sa seule solution pour être le moins malheureuse possible.

La morale de cette histoire; combien de vous, petites femmes au coeur brisé, ont voulu avoir une armure d'indifférence pour se protéger de ces peines? Mais voyons, sans coeur, on ne peut pas être heureux. C'est le revers de la médaille. Vous dites que vous voulez ne rien ressentir, ne pas souffrir, mais non, vous voulez être heureuses.

On ne peut être heureux que si on peut être malheureux; on ne vit que si l'on peut mourir. Il n'y a des hauts que par rapport au bas. On ne peut rien y faire.




On est fait comme ça.
De l'amour, par l'amour, pour l'amour.
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# Posté le lundi 09 novembre 2009 12:24

Modifié le mardi 10 novembre 2009 06:12

. And finding... Shelter.




You're NEVER given what
YOU want
Unless YOU take IT.




# Posté le lundi 02 novembre 2009 01:15

Modifié le jeudi 12 novembre 2009 03:54

. Good night, that was a good night . Entre Le Bossu de notre Dame, Notre Dame de Paris, le bar d'en face, la fontaine Saint Michel et les grecs turcs.

. Good night, that was a good night . Entre Le Bossu de notre Dame, Notre Dame de Paris, le bar d'en face, la fontaine Saint Michel et les grecs turcs.
Assise au bar en bas de chez moi, je sirote tranquillement ma pina-colada, un peu distraite par les nombreux souvenirs que cette situation me rapelle. D'abord, la pina-colada, ça me rappelle l'Egypte et la Jordanie en février, où j'avais le droit d'en boire, et où je me suis mise à adorer cette boisson. Ensuite, la tige fluorescente, c'est la même que celle qu'on avait aux dix-huit ans de Maïté. Par transitivité, elle me fait penser à Philippe.

"C'est marrant, tu sais Alice, la première fois que je t'ai vue, j'ai cru que je ne te supporterai pas." Ah bon? Laura m'avait brusquement tirée de ma rêverie. "Pourquoi?" J'étais surprise, mais avais un sourire amusé aux lèvres. En général, les gens, soit ne sont pas aussi directs, soit ont une bonne impression de moi quand ils commencent à me parler. D'un autre côté, à l'époque je ne pensais pas qu'elle deviendrait une bonne amie plus tard, donc je n'avais pas fait d'efforts de sociabilité. Ca expliquait pas mal de choses, en fait. Ma paranoïa affective m'avait bel et bien fait sentir un certain bloquage de son côté, alors je n'avais pas trop insisté.
"En fait, tu ressemblais à une fille que j'avais croisée dans un amphi, une parisienne en talons, insupportable. Je t'ai confondue avec elle. D'ailleurs je l'ai re-croisée, elle est toujours insupportable." J'ai éclaté de rire, en pensant qu'effecivement, moi, une parisienne en talon, ça m'avait l'air difficile.

Je gratouillais maintenant le sucre sur le bord de mon verre. On avait quand même fait une sacrée marche: après avoir tourné pendant une heure à Saint-Michel, cherchant désespérément un bar ou une brasserie, un truc à manger, après avoir trouvé le truc à manger et s'être baladés encore un peu, on a fini par se retrouver près de chez moi. On a atterri dans un bar où Bon Sinclar chantait "Love generation" en fond sonore. On a papoté un peu plus, le pauvre seul garçon, qui n'est même pas de sciences-po, s'est un peu tourné les pouces en nous entendant glousser à propos des beaux latinos, des espagnols, et de cours de danse. Parcontre il a été vivement sollicité pour savoir si, oui ou non, on pouvait violer un garçon.

Laura se lance alors dans un défi photographique, munie de son portable, avec les tiges fluorescentes. "Ahah Alice t'es un nez bizarre sur la photo." Je souris, "il est déjà pas terrible en vrai...". En fait, mon nez n'est plus vraiment mon plus gros complexe. Il l'a été, mais maintenant, ce sont plutôt mes épaules de rugbyman qui me posent problème. "De quoi qui n'est pas terrible?" "Mon nez." Laura me regarde, et s'écrit "Mais si! Il est trop bien ton nez!". J'ai été surprise par autant d'enthousiasme. D'habitude c'est juste hein "Oh arrête il est bien ton nez." -sous-entendu, "ferme-la". Mais là non. Laura continue dans sa lancée, demande à Laéticia d'aquiescer "Mais t'as un profil de déesse grecque en fait, tu sais, les dessins sur les vases et tout, c'est trop bien." Une déesse grecque. Bon d'abord j'ai rougi et puis j'ai explosé de rire, forcément, parce que celle-là, on ne me l'avait jamais faite. En même temps, j'ai affaire à une grecque pure et dure tout droit sortie des plages paradisiaques. En plus, elle et Laeticia vont au cours de grec ancien, d'ailleurs ça a l'air assez fun ce cours. Âmes sensibles et/ou chastes s'abstenir, âmes sensibles fan de Disney encore plus. Donc elles embrayent direct "Tiens d'ailleurs nos cours c'est: illustrations des viols, dès la semaine prochaine." (Oui oui, il n'y a pas d'erreurs de frappe, c'est bien trash.) Elles m'ont déjà démystifié Blanche Neige et Cendrillon. Donc après tout, je ne suis plus à ça près. Quelques gorgées de coktails plus tard, j'ai aussi le droit à "Mais t'as un peu un visage d'elfe sans les oreilles pointues."

Après l'énumération de nos blessures de guerres, de nos séjours à l'hôpital, de nos maladies les plus chouettes -ironie, évidemment-, on a entamé celle de nos voyages. Au bout d'un moment, on a décidé de remonter chez moi, juste el temps de manger quelques morceaux de Knacky, d'écouter les chansons du Bossu de Notre Dame et de Notre Dame de Paris, avant que tout le beau monde ne file pour attraper de justesse le dernier métro. A deux heures du matin, je me suis enroulée dans ma couette, en me disant que c'était vraiment une bonne soirée.
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# Posté le dimanche 01 novembre 2009 04:58

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 05:24